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Logion 94

Lecture rapide : « Celui qui cherche trouvera, à qui frappe on ouvrira. » Belle promesse canonique, mais Thomas omet « demandez » : il ampute la vie chrétienne de la prière, cet aveu de dépendance.


Le texte

Texte français

Jésus a dit : Celui qui cherche trouvera, et à celui qui frappe, on ouvrira.

Copte (translittéré)

[pej]e IS pet¥ine fnaqine [pettwxM e]xoun senaouwn naf

English (Lambdin)

Jesus said, "He who seeks will find, and he who knocks will be let in."

Notes de traduction

  • Parallèle avec Matthieu 7,8 et Luc 11,10. Thomas abrège la formule tripartite synoptique (demander/chercher/frapper) en ne retenant que deux éléments : chercher et frapper.
  • L'omission de « demander » (aitein) est peut-être délibérée : dans la théologie thomasienne, la gnose s'obtient par la quête active (chercher) et l'effort persistant (frapper), non par la prière de demande.
  • Ce logion fait écho au logion 2 (« que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu'à ce qu'il trouve ») et au logion 92 (« cherchez et vous trouverez »), formant une chaîne thématique sur la recherche spirituelle.

Commentaire

Contexte et forme littéraire

Le logion 94 est la version la plus condensée de la promesse Q sur la quête et la découverte (Mt 7,7-8 ; Lc 11,9-10 ; Q 11,9-10). La version synoptique comporte trois éléments (demander/recevoir, chercher/trouver, frapper/ouvrir) ; Thomas n'en conserve que deux (chercher/trouver, frapper/ouvrir), supprimant le couple demander/recevoir. La version de Thomas fait écho aux logia 2 et 92, formant une triade sur le thème de la quête.

La forme est celle de la sentence-promesse, avec un parallélisme parfait entre les deux membres. La brièveté est maximale.

Analyse et interprétation

Koester considère que la suppression du premier couple (demander/recevoir) n'est pas anodine. Thomas met l'accent sur la quête active (chercher, frapper) plutôt que sur la demande passive (demander et attendre de recevoir). Cette orientation est cohérente avec l'anthropologie de Thomas, qui valorise l'effort personnel de connaissance plutôt que la réception gratuite d'un don.

Gathercole y voit simplement une abréviation d'un matériel synoptique connu. DeConick note que le logion 94 fonctionne comme un rappel, un écho du logion 2 qui relance la dynamique de la quête au moment où le recueil approche de sa fin.

Meyer souligne que la promesse « celui qui cherche trouvera » est inconditionnelle, il n'y a pas de qualification, pas de restriction. Quiconque cherche authentiquement trouvera. C'est la promesse la plus généreuse du recueil, et l'une des plus proches de l'Évangile canonique.

Regard catholique

Ce logion est canonique et ne pose aucune difficulté doctrinale. Le CEC 2609 enseigne que « la prière de demande est fondée sur la confiance en la bonté du Père ». Et le CEC 2567 : « Dieu, le premier, appelle l'homme. Que l'homme oublie son Créateur, celui-ci ne cesse d'appeler tout homme à Le chercher pour qu'il vive et trouve le bonheur. »

La tradition monastique a fait de la quaerere Deum, la quête de Dieu, le fondement de la vie contemplative. La Règle de saint Benoît recommande de vérifier si le novice « cherche véritablement Dieu » (si revera Deum quaerit). La promesse de Thomas, celui qui cherche trouvera, est la même promesse que celle des synoptiques, et l'Église l'accueille sans réserve.

Résonances

Augustin, dans les Confessions, est le chercheur par excellence, celui qui a cherché dans le manichéisme, le néo-platonisme, les plaisirs du corps et de l'esprit, avant de trouver dans le Christ la réponse à sa quête. Et sa découverte confirme la promesse : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé. » Pascal reprend cette intuition : la quête elle-même est déjà une forme de possession. Le logion 94, dans sa simplicité, porte une espérance qui traverse les siècles.


Concordance

Parallèles canoniques

Matthieu 7,8 :

« Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. »

Luc 11,10 :

« Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe on ouvrira. »

Source Q : Q 11,10

Analyse comparative

Ce logion est un autre fragment de Q 11,9-10, le même passage dont le logion 92 tirait le « cherchez et vous trouverez ». Thomas omet à nouveau le « demandez et on vous donnera » pour ne retenir que « chercher/trouver » et « frapper/ouvrir ». Cette omission récurrente du « demander » est significative : dans les synoptiques, la prière de demande est le premier terme de la trilogie ; chez Thomas, elle est systématiquement évacuée.

Cette omission est cohérente avec la critique thomasienne de la prière (logion 14 : « si vous priez, vous serez condamnés »). Thomas ne s'intéresse pas à la prière de supplication mais à la quête active, chercher et frapper sont des gestes d'exploration, non de dépendance. Le logion 2 développe cette même logique : « Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu'à ce qu'il trouve. » La sotériologie de Thomas est une sotériologie de la quête, non de la grâce reçue.


Tension avec les évangiles canoniques

Le parallèle avec Mt 7,8 et Lc 11,10 (Q 11,10) est direct, mais Thomas omet systématiquement le premier terme de la trilogie synoptique : « demandez et on vous donnera ». Cette omission est cohérente avec la critique thomasienne de la prière (logion 14 : « si vous priez, vous serez condamnés ») et révèle une divergence sotériologique fondamentale. Les synoptiques articulent la quête avec la prière de demande, une posture de dépendance confiante envers Dieu (Mt 7,7-11 : le Père donne de bonnes choses à ceux qui demandent). Thomas ne retient que l'effort humain actif (chercher, frapper), supprimant la dimension de réception gratuite. La promesse est la même, mais l'anthropologie qui la sous-tend est différente : autonomie du chercheur chez Thomas, confiance filiale chez les synoptiques.

Interprétation directe

Ce logion, pris en lui-même, est parfaitement canonique et la promesse qu'il porte est l'une des plus belles de l'Évangile (CEC 2609). Aucun théologien catholique ne contestera que « celui qui cherche trouvera ». Le problème est dans ce qui manque : l'omission du « demandez » n'est pas anodine. La vie chrétienne n'est pas seulement une quête, c'est aussi une prière, c'est-à-dire un aveu de dépendance. La Règle de saint Benoît (« si revera Deum quaerit ») et la tradition monastique tout entière confirment que chercher Dieu est le cœur de la vocation. Mais cette quête s'accompagne toujours de la prière, et Thomas, en la supprimant, mutile l'Évangile d'une de ses dimensions essentielles.

À retenir

  • Promesse pleinement canonique et magnifique (CEC 2609) : chercher Dieu est le cœur de la vocation (Règle de saint Benoît).
  • Ce qui manque : « demandez ». La quête chrétienne s'accompagne toujours de la prière.
  • Supprimer la prière mutile l'Évangile d'une dimension essentielle : la dépendance confiante envers Dieu.

Vous lisez un extrait de L'Évangile de Thomas

L'édition imprimée réunit les 114 logia : texte français, copte translittéré et anglais en regard, commentaire théologique et concordance complète. Guillaume Whitebird, 564 pages.

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