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Annexe : Géographie de la découverte

« Levez la pierre, vous me trouverez là. »

Logion 77


L'Évangile de Thomas a été retrouvé dans un lieu précis, par des hommes précis, dans une circonstance précise. Le texte ne flotte pas hors du temps. Il a été enseveli sous un éboulis de la falaise du Jabal al-Tarif, en Haute-Égypte, à environ dix kilomètres au nord-est de l'agglomération moderne de Nag Hammadi, par un homme dont nous savons probablement le nom, un moine pachômien du IV ᵉ siècle, et il a été remis au jour par un homme dont nous connaissons certainement le nom : Muhammad Ali al-Samman, paysan de l'al-Qasr, en décembre 1945. Cette annexe situe le lieu et reconstitue le geste.

La situation générale

Nag Hammadi (نجع حمادي) est une ville moyenne du gouvernorat de Qena, dans la Haute-Égypte, à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Louxor et 600 kilomètres au sud du Caire, sur la rive ouest du Nil, à la latitude approximative 26° 03' N et à la longitude 32° 14' E.

La région forme une boucle caractéristique du Nil, le « Qena Bend », où le fleuve, après avoir suivi son cours nord depuis Assouan, s'incurve brièvement vers l'est pour contourner un massif gréseux, puis reprend son cours nord. Cette boucle a longtemps été l'un des carrefours du christianisme égyptien primitif : c'est dans ces vallées latérales et sur ces falaises que se sont implantés, à partir du IV ᵉ siècle, les premiers monastères pachômiens.

Les acteurs du paysage

Quatre éléments topographiques se conjuguent pour la découverte de 1945.

Le Nil, fleuve nourricier, qui inonde les terres alluviales de juin à octobre et conditionne toute l'agriculture locale. La rive ouest, où s'étend Nag Hammadi, est côté désert, au-delà des terres cultivées, le sable et la pierre prennent immédiatement le relais.

La falaise du Jabal al-Tarif (جبل الطارف, « la montagne du bord » ou « du sentier »). C'est une falaise de calcaire et de grès d'environ 200 mètres de haut, longue de plusieurs kilomètres, qui borde la rive ouest du Nil à environ 11 kilomètres au nord-est de Nag Hammadi. La paroi est percée de centaines de grottes funéraires datant principalement de la VIᵉ dynastie pharaonique (~2300 av. J.-C.), creusées pour les notables de la nécropole de l'antique Diospolis Parva.

Le village d'al-Qasr (القصر, « le château »), modeste agglomération de paysans coptes et musulmans située au pied même de la falaise. C'est de ce village que vient la famille al-Samman.

Hamra Doum (حمراء دوم), village voisin où réside Ahmad Ismail, l'homme dont l'assassinat de leur père a déclenché la vendetta des frères al-Samman. Ce détail apparemment latéral est en fait central dans l'histoire de la découverte : c'est cette vendetta qui pousse Muhammad Ali à disperser les codices dès le mois de janvier 1946, sauvant probablement le lot d'une saisie ou d'une destruction par sa mère.

Le site exact de la découverte

D'après le témoignage recueilli par James M. Robinson dans les années 1970 auprès de Muhammad Ali al-Samman lui-même (à reconfirmer avec la Nag Hammadi Story, 2014), la jarre fut découverte non pas dans une grotte funéraire, mais à proximité d'un éboulement au pied de la falaise, sans doute là où le sol naturel masquait un ancien dépôt creusé puis recouvert.

Le sol y est riche en sabakh (سباخ), un engrais naturel formé par la décomposition de matières organiques anciennes, fientes de chauve-souris, débris végétaux, restes humains des nécropoles voisines. Les paysans en extraient depuis des siècles pour fertiliser leurs champs. C'est en creusant le sabakh que les frères al-Samman heurtèrent la jarre.

La jarre elle-même était :

  • de céramique rouge égyptienne ;
  • haute d'environ soixante centimètres ;
  • scellée par du bitume (un bouchon noir collé au col, parfois décrit comme un « plat » retourné selon les versions) ;
  • intacte avant le coup de pioche.

Elle contenait treize codices reliés en cuir, soit cinquante-deux textes, soit environ mille pages de papyrus copte. Le copte de la copie est le sahidique, dialecte standard littéraire à partir du III ᵉ siècle ; la datation paléographique des copies se situe dans la seconde moitié du IV ᵉ siècle.

L'environnement monastique

À quelques kilomètres au sud-ouest du Jabal al-Tarif se trouvait, au IV ᵉ siècle, la basilique pachômienne de Faou Qibli, l'ancien Pbow, l'un des grands centres monastiques fondés par Pachôme et son successeur Théodore. Cette basilique, dont les vestiges ont été dégagés au XX ᵉ siècle, accueillait à l'apogée du mouvement plusieurs milliers de moines.

Le réseau pachômien comptait alors une dizaine d'établissements dans la boucle de Dishna : Tabennêsi (le premier), Pbow (le siège central), Phnoum, Tmoušons, Tsmine, Šeneset, Thbew, Tse, Phnoum-encore, et Hermonthis. C'est dans ce maillage monastique que se diffusait l'érudition copte chrétienne du IV ᵉ siècle, y compris les textes hétérodoxes que la 39ᵉ Lettre festale d'Athanase d'Alexandrie, en 367, ordonne précisément de détruire.

L'hypothèse, formulée par James M. Robinson et largement acceptée aujourd'hui, est que les codices appartenaient à la bibliothèque d'un monastère pachômien, peut-être Pbow lui-même, peut-être un établissement satellite, et qu'un moine, plutôt que d'obéir à l'ordre de destruction, les a mis à l'abri dans la jarre et les a enterrés au pied de la falaise. L'acte est à mi-chemin entre la désobéissance et la préservation. Sans lui, l'Évangile de Thomas, comme les cinquante et un autres textes du dépôt, aurait sans doute été perdu pour toujours.

Le trajet des codices après 1945

Une fois la jarre brisée, les codices ont quitté le pied de la falaise pour entamer un voyage à travers les institutions et les frontières.

Étape Date Lieu Acteurs principaux
Découverte déc. 1945 Pied du Jabal al-Tarif Muhammad Ali al-Samman et ses frères
Domicile déc. 1945 - janv. 1946 Al-Qasr Famille al-Samman
Dispersion janv. 1946 Al-Qasr et villages voisins Différents intermédiaires (instituteur Raghib, prêtre copte)
Antiquaires 1946-1947 Le Caire Phokion J. Tano, Albert Eid (marchand belge), Bahij Ali
Premier dépôt oct. 1946 Musée copte du Caire Mirrit Boutros Ghali, Togo Mina
Identification 1946-1947 Le Caire Jean Doresse (égyptologue français)
Codex Jung 1948-1956 Bruxelles puis Zurich Albert Eid, Gilles Quispel, Fondation C. G. Jung
Nationalisation 1952 Le Caire Gouvernement révolutionnaire
Restitution 1975 Du Musée copte du Caire Fondation C. G. Jung
Conservation actuelle depuis 1975 Musée copte, Le Caire Tous les codices réunis

Le Musée copte du Caire, dans le quartier du Vieux-Caire, conserve aujourd'hui les treize codices. Les pages sont placées sous verre, dans des conditions climatiques contrôlées. Des photographies à haute résolution sont accessibles au public via le Claremont Coptic Encyclopedic Project, fruit d'une collaboration entre l'UNESCO, le gouvernement égyptien et plusieurs universités américaines des années 1970.

Pour s'orienter

Pour le lecteur qui voudrait visiter ou simplement situer mentalement le lieu :

  1. Repère initial : descendre le Nil depuis Louxor en direction du nord pendant environ 80 kilomètres. La ville moderne de Nag Hammadi occupe la rive ouest, au point où le fleuve forme sa boucle.
  2. De Nag Hammadi au Jabal al-Tarif : remonter au nord-est sur la rive ouest sur environ 11 kilomètres. Le village d'al-Qasr s'adosse à la falaise.
  3. Sur la falaise : les grottes funéraires de la VIᵉ dynastie sont visibles depuis la plaine. Le site approximatif de la découverte se situe au pied, là où les éboulis rejoignent les terres cultivées.
  4. À l'intérieur des terres : les vestiges de la basilique pachômienne de Faou Qibli sont accessibles à quelques kilomètres au sud-ouest. Le site est moins fréquenté que les grands sites pharaoniques mais bien identifié archéologiquement.

Contrairement à un Saint-Sépulcre ou à une Mecque, le lieu n'est pas un sanctuaire. Aucune église, aucune mosquée, aucun musée local ne marque l'endroit où la jarre a été ouverte en 1945. Une plaque commémorative discrète, posée par les autorités locales dans les années 1990, rappelle l'événement à proximité d'al-Qasr. Le reste est paysage : la falaise, le sabakh, le silence.

« Levez la pierre, vous me trouverez là. » Le logion 77 prend, dans cette annexe, une saveur singulière. Ce n'est pas le Christ qui a été trouvé sous la pierre du Jabal al-Tarif, en 1945, mais un texte qui parle de lui, un texte qui, sans Muhammad Ali, sa pioche, sa mère qui voulait allumer son four, et la vendetta qui a conduit à la dispersion sauvant le lot, ne serait jamais arrivé jusqu'à nous.


Vous lisez un extrait de L'Évangile de Thomas

L'édition imprimée réunit les 114 logia : texte français, copte translittéré et anglais en regard, commentaire théologique et concordance complète. Guillaume Whitebird, 564 pages.

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