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Logion 41

Lecture rapide : À celui qui a dans sa main, on donnera encore. À celui qui n'a pas, on lui prendra même le peu qu'il possède.


Le texte

Texte français

Jésus a dit : À celui qui a dans sa main, on donnera ; et à celui qui n'a pas, même le peu qu'il a, on le prendra.

Copte (translittéré)

peje IS je peteuNtaf xN tef qij sena+ naf auw pete mNtaf pke ¥hm etouNtaf senafitF Ntootf

English (Lambdin)

Jesus said, "Whoever has something in his hand will receive more, and whoever has nothing will be deprived of even the little he has."

Notes de traduction

  • Parallèle avec Mc 4, 25 ; Mt 13, 12 ; Mt 25, 29 ; Lc 8, 18 ; Lc 19, 26. Ce logion est l'un des mieux attestés dans la tradition synoptique.
  • Thomas ajoute la précision « dans sa main », absente des parallèles canoniques. Cette image concrète suggère la possession effective, non pas simplement théorique, de la connaissance.
  • Le paradoxe (« même le peu qu'il a ») est identique à celui des synoptiques et renvoie à la dynamique spirituelle : la connaissance fructifie ou se perd.

Commentaire

Contexte et forme littéraire

Le logion 41 est un dit paradoxal sur l'accumulation et la dépossession. C'est l'un des dits les plus largement attestés dans la tradition synoptique : Matthieu 13,12 ; 25,29 ; Marc 4,25 ; Luc 8,18 ; 19,26. La version de Thomas est concise et fidèle à la formulation synoptique, sans ajout significatif.

La forme est celle du proverbe à double proposition, une loi spirituelle exprimée sous la forme d'un paradoxe économique. L'image est tirée de l'expérience quotidienne : la richesse attire la richesse, et la pauvreté engendre la pauvreté. Mais le sens spirituel dépasse la simple observation sociologique.

Analyse et interprétation

Le « ce qu'on a dans sa main » a été interprété de multiples façons. Chez les synoptiques, dans le contexte de la parabole des talents (Mt 25,14-30) ou des mines (Lc 19,11-27), ce qui est « donné » et « retiré » est un capital, un talent, une capacité, une responsabilité, qui doit être mis à profit. Celui qui fait fructifier ce qu'il a reçoit davantage ; celui qui enterre son talent le perd.

Dans le contexte de Thomas, DeConick interprète « ce qu'on a dans sa main » comme la gnose, la connaissance intérieure. Celui qui possède la connaissance et la cultive recevra toujours plus de lumière ; celui qui n'a pas entrepris le travail de connaissance de soi perdra même le peu d'intuition qu'il possédait. La gnose est un processus cumulatif : chaque insight ouvre la voie au suivant. Mais l'ignorance aussi est cumulative : celui qui refuse de chercher s'enfonce dans l'obscurité.

Patterson note que le logion, dans Thomas, n'a pas de contexte parabolique, il est livré brut, sans parabole encadrante. Cela lui confère une portée plus universelle que chez les synoptiques : il décrit une loi spirituelle générale, pas un enseignement spécifique sur les talents ou la fidélité.

Meyer souligne la sévérité de la seconde proposition : « même le peu qu'il a, on le prendra ». Il n'y a pas de plancher minimum garanti. Celui qui ne fait rien de ce qu'il a reçu ne stagne pas, il perd. La vie spirituelle, dans Thomas comme dans les synoptiques, ne connaît pas l'immobilité : on avance ou on recule.

Regard catholique

Ce logion est pleinement canonique et la tradition catholique l'a commenté dans le cadre de la parabole des talents. Le CEC 1880 rappelle que « chaque personne est appelée à coopérer au dessein de Dieu avec les talents reçus ». Le concile Vatican II (Lumen Gentium 33) enseigne que tous les fidèles ont la responsabilité de faire fructifier les dons de l'Esprit.

La « loi de l'accumulation spirituelle » que ce logion décrit est confirmée par l'expérience de tous les directeurs spirituels : la grâce reçue et accueillie ouvre la voie à des grâces plus grandes ; la grâce négligée se retire. Comme le dit Thérèse d'Ávila : « Ce qui n'avance pas recule. »

Résonances

Le paradoxe de ce logion, plus on a, plus on reçoit ; moins on a, plus on perd, est vérifié dans tous les domaines de l'existence : l'apprentissage (plus on sait, plus on apprend vite), la créativité (plus on crée, plus l'inspiration vient), la vertu (plus on pratique la bonté, plus elle devient naturelle). Les économistes appellent ce phénomène l'« effet Matthieu », précisément en référence à ce verset. Le logion 41, sous son apparence de truisme, décrit une loi profonde de la vie spirituelle que chaque mystique, chaque artiste, chaque chercheur a vérifiée.


Concordance

Parallèles canoniques

Matthieu 13,12 :

« Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. »

Matthieu 25,29 :

« Car à tout homme qui a, l'on donnera et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. »

Marc 4,25 :

« Car à celui qui a, il sera donné ; et à celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé. »

Luc 8,18 :

« Car à celui qui a, il sera donné ; et à celui qui n'a pas, même ce qu'il croit avoir lui sera enlevé. »

Luc 19,26 :

« Je vous le dis : à tout homme qui a, l'on donnera ; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il a. »

Analyse comparative

Ce logion de l'abondance est l'un des plus fréquemment cités dans les synoptiques, il apparaît cinq fois dans les trois évangiles. Thomas en offre une version très concise, pratiquement identique à Marc 4,25 et Luc 8,18. L'ajout « dans sa main » est propre à Thomas et rend l'image plus concrète, plus physique.

Chez les synoptiques, ce logion sert de conclusion à la parabole du semeur (Marc 4,25 ; Luc 8,18), à l'explication des paraboles (Matthieu 13,12), ou à la parabole des talents/mines (Matthieu 25,29 ; Luc 19,26). Thomas le livre comme un dicton isolé, sans contexte narratif. Pour Patterson, la forme isolée est plus primitive, le logion circulait comme un proverbe indépendant avant d'être intégré dans différents contextes par les rédacteurs synoptiques.


Tension avec les évangiles canoniques

Aucune tension significative. Ce logion est l'un des mieux attestés de toute la tradition évangélique (Mc 4,25 ; Mt 13,12 ; 25,29 ; Lc 8,18 ; 19,26) et Thomas en offre une version pratiquement identique. La seule différence est l'ajout « dans sa main », qui rend la possession plus concrète et physique, et l'absence de contexte parabolique (chez les synoptiques, le dit sert de conclusion aux paraboles du semeur ou des talents). Cette décontextualisation, typique de Thomas, n'introduit aucune divergence doctrinale, elle universalise simplement le proverbe.

Interprétation directe

Logion pleinement canonique, sans aucune réserve théologique. La « loi de l'accumulation spirituelle » qu'il décrit est confirmée par toute la tradition mystique catholique et par l'expérience pastorale. La seule nuance à apporter concerne la lecture thomasienne de DeConick, qui identifie le « ce qu'on a dans sa main » à la gnose individuelle, interprétation légitime dans le contexte de Thomas, mais réductrice par rapport à la richesse du texte synoptique, où le « talent » inclut aussi la grâce, la responsabilité et la mission communautaire.

À retenir

  • L'un des logia les mieux attestés, cinq occurrences dans les synoptiques, plus Thomas : une parole dont la formulation était très stable
  • Thomas ajoute « dans sa main », la possession est concrète, effective, non théorique : la gnose qui est vraiment tenue fructifie
  • La vie spirituelle ne connaît pas l'immobilité : on avance ou on recule, loi universelle que Thérèse d'Ávila résume : « Ce qui n'avance pas recule »
  • Sans contexte parabolique, ce logion fonctionne comme une loi spirituelle nue, sa portée dépasse la parabole des talents et s'applique à toute forme de cherche intérieure

Vous lisez un extrait de L'Évangile de Thomas

L'édition imprimée réunit les 114 logia : texte français, copte translittéré et anglais en regard, commentaire théologique et concordance complète. Guillaume Whitebird, 564 pages.

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