Annexe : Glossaire¶
« Connais ce qui est devant ton visage, et ce qui t'est caché te sera révélé. »
Logion 5
Ce glossaire rassemble les termes coptes, grecs, syriaques, hébraïques et théologiques mobilisés dans le commentaire des 114 logia. Les entrées sont classées par ordre alphabétique français. Pour chaque terme étranger, on donne la translittération, la langue d'origine, le sens principal et les logia ou les contextes où le terme apparaît.
A¶
Agraphon (grec ἄγραφον, « non écrit »). Parole attribuée à Jésus mais ne figurant pas dans les évangiles canoniques. Origène cite plusieurs agrapha dont des fragments du logion 77.
Anapausis (grec ἀνάπαυσις, « repos »). Terme central de la spiritualité de Thomas. Désigne l'état d'accomplissement et de plénitude de celui qui a trouvé. Voir logia 50, 60 ; cf. Évangile des Hébreux cité par Clément d'Alexandrie.
Anok pe (copte ⲀⲚⲞⲔ ⲠⲈ, « Je suis »). Formule d'auto-révélation à la première personne, équivalente au grec egô eimi johannique. Particulièrement importante au logion 77.
Apocryphe (du grec apókryphos, « caché »). Sens premier dans Thomas : réservé, secret. Le terme prend ensuite, sous la plume des Pères, la connotation péjorative de « non canonique, douteux ». Le prologue de Thomas joue sur le sens premier.
Apophatique (du grec apophatikós, « négatif »). Théologie qui définit Dieu par ce qu'il n'est pas. Tradition représentée par Denys l'Aréopagite, Maître Eckhart, Nicolas de Cues, et qui résonne avec certains logia de Thomas.
Aséité. Qualité d'un être qui existe par lui-même, sans cause extérieure. Attribut que la théologie réserve à Dieu seul. Voir logion 50 (« la lumière née d'elle-même »).
B¶
Basanisthēsetai (grec βασανισθήσεται, « sera tourmenté »). Variante textuelle au logion 2 dans P.Oxy 654 : « celui qui trouve sera tourmenté ». Le copte préfère štotr (être bouleversé).
Basileia (grec βασιλεία, « royauté, règne »). Mot grec pour le « Royaume ». En copte traduit par m̄n̄trrō. Concept central des évangiles canoniques et de Thomas, mais avec des accents différents : Royaume futur dans les synoptiques, Royaume présent et intérieur dans Thomas.
C¶
Canon (grec kanôn, « règle, mesure »). Liste officielle des livres reçus comme inspirés par une communauté religieuse. Le canon du Nouveau Testament chrétien est fixé par Athanase d'Alexandrie (39ᵉ Lettre festale, 367), confirmé par les conciles de Carthage (397) puis Trente (1546).
Codex (latin, « tronc »). Livre formé de cahiers reliés, par opposition au rouleau (volumen). Forme adoptée massivement par les chrétiens dès le II ᵉ siècle. Les manuscrits de Nag Hammadi sont treize codices coptes.
Copte. Dernière forme de la langue égyptienne, écrite en alphabet grec augmenté de sept lettres dérivées du démotique. Le sahidique est le dialecte du copte dans lequel l'Évangile de Thomas a été préservé.
D¶
Démiurge (grec dēmiourgos, « artisan »). Dans certains systèmes gnostiques, divinité subordonnée et imparfaite qui crée le monde matériel, distincte du vrai Dieu transcendant. La théologie catholique rejette cette distinction.
Diatessaron (grec διὰ τεσσάρων, « à travers quatre »). Harmonie des quatre évangiles composée par Tatien vers 170 ; longtemps en usage liturgique en Syrie. Nicholas Perrin argue que Thomas dépend du Diatessaron, ce qui placerait sa rédaction après 170.
Didyme (grec Didymos, « jumeau »). Surnom de Thomas, qui signifie déjà « jumeau » en araméen. La répétition souligne l'identité du dépositaire des paroles cachées et, dans la tradition syriaque, suggère une gémellité spirituelle avec Jésus.
E¶
Egô eimi (grec ἐγώ εἰμι, « je suis »). Formule d'auto-révélation johannique (Jn 6, 35 ; 8, 12 ; 14, 6). Thomas en use également (logion 77 : « Je suis la lumière qui est sur eux tous »).
Encratite (grec enkratēs, « maître de soi »). Mouvement chrétien ascétique du II ᵉ siècle prônant le célibat, l'abstinence de viande et de vin, et la rupture avec le monde. Tatien et certains milieux syriaques sont encratites. April DeConick rapproche Thomas de cette mouvance.
Entos hymôn (grec ἐντὸς ὑμῶν, « au-dedans de vous » ou « au milieu de vous »). Formule fameusement ambiguë en Luc 17, 21. Thomas radicalise l'intériorité au logion 3.
Évangile des Égyptiens. Évangile apocryphe perdu du II ᵉ siècle, connu par les citations de Clément d'Alexandrie (Stromates III, 13, 92). Il porte une parole très proche du logion 22 sur l'abolition de la différence des sexes, ce qui en fait un parallèle majeur pour les logia 22 et 114.
Évangile des Hébreux. Évangile judéo-chrétien perdu du IIe siècle, connu seulement par les citations de Clément d'Alexandrie, d'Origène et de Jérôme. Il partage avec Thomas la séquence « chercher, trouver, être bouleversé, régner, se reposer » (logion 2), ce qui en fait un témoin externe précieux de la tradition thomasienne.
G¶
Gnose, gnostique (grec gnôsis, « connaissance »). Au sens large, mouvement religieux du II ᵉ siècle qui privilégie la connaissance intérieure (gnôsis) sur la foi institutionnelle. Au sens strict (Williams, King, Brakke), catégorie d'ouvrages mythologiques particuliers, distincts de simples textes ésotériques. Thomas est au plus « gnostisant », mais ne contient pas le mythe gnostique complet (Démiurge, éons, chute de Sophia).
Gnôthi seauton (grec γνῶθι σαυτόν, « Connais-toi toi-même »). Maxime delphique dont l'écho parcourt le logion 3 et le logion 67.
H¶
Hapax (grec hápax legómenon, « dit une seule fois »). Mot ou expression qui n'apparaît qu'une fois dans un corpus.
Hermēneia (grec ἑρμηνεία, « interprétation »). Mot-clef du logion 1 : « Celui qui trouvera l'interprétation de ces paroles… ». Programme herméneutique du recueil entier.
Hésychasme (grec hēsychía, « calme, silence »). Tradition spirituelle orthodoxe orientale centrée sur la prière du cœur et la quiétude. Jean-Yves Leloup fait des rapprochements avec Thomas.
I¶
Iḥidaya (syriaque, « unique, solitaire »). Concept central du christianisme syriaque primitif. Désigne celui qui est seul devant Dieu, indivisé intérieurement, et libre du monde. En copte, traduit par monachos. Voir logia 16, 49, 75.
Incarnation. Doctrine catholique selon laquelle le Fils de Dieu a pris la nature humaine en Jésus-Christ. Centrale dans la théologie canonique, absente comme telle de Thomas.
J¶
Jésus le Vivant (copte Iēsous etonḥ). Titre christologique du prologue de Thomas. Désigne Jésus dans son enseignement permanent, hors du cadre narratif de la Passion et de la Résurrection.
K¶
Kérygme (grec kêrygma, « proclamation »). Annonce centrale de la foi chrétienne primitive : Christ est mort pour nos péchés, il a été enseveli, il est ressuscité (1 Co 15, 3-5). Absent de Thomas, qui ne mentionne ni la mort ni la résurrection comme événement.
Koinè (grec κοινή, « commune »). Forme du grec parlée et écrite à l'époque hellénistique et romaine, langue du Nouveau Testament et des P.Oxy de Thomas.
L¶
Lambdin (Thomas O.) Coptologue de Harvard, traducteur de référence anglophone de Thomas dans Layton (1989). Toutes les traductions anglaises de ce livre lui sont empruntées.
Lectio divina (latin, « lecture divine »). Pratique monastique de lecture méditative et priante de l'Écriture, organisée en quatre temps : lectio, meditatio, oratio, contemplatio. Résonance avec le programme herméneutique du logion 1.
Logion, pluriel logia (grec λόγιον / λόγια, « parole »). Désigne ici chaque sentence numérotée de l'Évangile de Thomas. Le terme est repris du vocabulaire des oracles antiques.
M¶
Mariham (copte ⲘⲀⲢⲒϨⲀⲘ, transcription du grec Mariam). Forme du nom Marie utilisée dans le logion 114. Désigne très probablement Marie-Madeleine, figure centrale de la gnose chrétienne (cf. Évangile de Marie, Pistis Sophia, Évangile de Philippe).
Mashal, pluriel meshalim (hébreu משל, « énigme, parabole »). Genre sapientiel hébraïque où la vérité se livre par énigmes à déchiffrer. Le logion 1 inscrit Thomas dans cette tradition.
Metanoia (grec μετάνοια, « retournement, conversion »). Terme synoptique pour la conversion (Mc 1, 15). Absent du vocabulaire de Thomas, qui parle plutôt de connaissance de soi.
Monachos (grec μοναχός, « solitaire, unique »). Mot grec emprunté en copte ; traduit le syriaque iḥidaya. Voir logia 16, 49, 75.
N¶
Nag Hammadi. Ville de Haute-Égypte, près de laquelle furent découverts en décembre 1945 les treize codices contenant cinquante-deux textes chrétiens dont l'Évangile de Thomas (Codex II, traité 2). Voir Annexe, Chronologie.
O¶
Oxyrhynque (grec Oxyrhynkhos, « poisson au museau pointu »). Site archéologique du Moyen-Empire égyptien (actuel El-Bahnasa). Les fouilles de Grenfell et Hunt (1897-1907) y ont mis au jour des dizaines de milliers de papyrus, dont les fragments grecs de Thomas (P.Oxy 1, 654, 655).
P¶
P.Oxy. Abréviation des Papyrus d'Oxyrhynque. P.Oxy 1 (vers 200) : logia 26-33 et 77. P.Oxy 654 (vers 250) : prologue et logia 1-7. P.Oxy 655 (vers 250) : logia 36-39.
Pachôme (vers 290 - 346). Père du monachisme cénobitique. Fonde en Haute-Égypte, près de Tabennêsi, le premier monastère organisé en communauté. Les codices de Nag Hammadi sont sans doute issus d'un monastère pachômien.
Panchristisme. Théologie de l'omniprésence du Christ dans la création (Teilhard de Chardin). Évoqué à propos du logion 77 (« Je suis le Tout »).
Panenthéisme (grec pán-en-Theós, « tout-en-Dieu »). Position selon laquelle tout est en Dieu, sans que Dieu se réduise au monde. Distinct du panthéisme. Compatible avec la théologie sacramentelle catholique.
Panthéisme (grec pán-Theós, « tout-est-Dieu »). Position selon laquelle Dieu et le monde sont identiques. Rejeté par la théologie catholique (CEC 285).
Parousie (grec parousía, « venue, présence »). Retour glorieux du Christ à la fin des temps, attendu par les premières communautés chrétiennes. L'eschatologie de Thomas est plutôt réalisée qu'apocalyptique.
Patristique. Étude des Pères de l'Église (II ᵉ - VIII ᵉ siècle).
Péricope. Unité textuelle distincte (un récit, une parabole, un dialogue) repérable dans un corpus. Chaque logion de Thomas est une péricope autonome.
Plērôma (grec πλήρωμα, « plénitude »). Concept paulinien (Col 1, 19 ; 2, 9) repris dans des systèmes gnostiques pour désigner la totalité divine.
Ptērf (copte ⲠⲦⲎⲢϤ). Le « Tout », équivalent copte du grec to pan. Concept central du logion 77.
Q¶
Q (source) (allemand Quelle, « source »). Document hypothétique, aujourd'hui perdu, que Matthieu et Luc auraient utilisé en plus de Marc. Genre : recueil de paroles de Jésus. Si Q a existé, Thomas est le seul témoin survivant de ce genre dans la tradition chrétienne.
R¶
Rolling corpus (anglais, « corpus roulant »). Théorie d'April DeConick : Thomas n'a pas été composé en une seule fois, mais a évolué par couches successives autour d'un noyau primitif (~37 logia datant de 30-50 ap. J.-C.).
Ruminatio (latin, « rumination »). Pratique monastique consistant à mâcher lentement un verset jusqu'à ce qu'il livre son sens spirituel. Cousine de la lectio divina.
S¶
Sahidique. Dialecte copte de Haute-Égypte, langue dans laquelle l'Évangile de Thomas a été préservé. Devenu standard littéraire dès le III ᵉ siècle.
Sapientiel. Qui appartient à la littérature de sagesse, Proverbes, Ecclésiaste, Siracide, Sagesse de Salomon. Thomas peut être lu comme appartenant à ce genre, radicalisé par l'enseignement de Jésus (Davies 1983, Patterson 1993).
Shekhinah (hébreu שכינה, « présence »). Présence sensible de Dieu dans le monde, dans la pensée juive rabbinique. Évoquée à propos de la seconde partie du logion 77.
Sotériologie (grec sōtēría, « salut »). Doctrine du salut. La sotériologie thomasienne diverge de la sotériologie canonique sur la question du moyen du salut : compréhension contre foi.
Stromates (grec strōmateîs, « tapisseries »). Œuvre de Clément d'Alexandrie (vers 200). Contient plusieurs citations parallèles de Thomas (logia 1, 2, 22).
Synoptique (grec sun-optikós, « qui se voit ensemble »). Désigne les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, dont les récits sont assez parallèles pour être présentés en colonnes côte à côte.
T¶
Tewahedo. Dénomination de l'Église copte orthodoxe d'Éthiopie et d'Érythrée. Sa tradition canonique inclut des livres absents des autres canons chrétiens. Sans rapport direct avec Thomas, mais cité ici pour distinguer les périmètres canoniques.
Théosis (grec θέωσις, « divinisation »). Doctrine, surtout patristique et orthodoxe, de la participation du croyant à la vie divine par grâce. Cf. CEC 460. À ne pas confondre avec l'autodivinisation gnostique.
To pan (grec τὸ πᾶν, « le Tout »). Concept cosmologique grec désignant la totalité de l'être. Voir logion 2 (« il régnera sur le Tout ») et logion 77 (« Je suis le Tout »).
Transsubstantiation. Doctrine catholique de la conversion intégrale du pain et du vin eucharistiques en corps et sang du Christ (CEC 1376). Référée au logion 77.
V¶
Valentinien. Relatif à Valentin (vers 100 - vers 160), théologien gnostique alexandrin. Système élaboré d'éons et de mythes sur la chute de Sophia. Distinct de Thomas, qui ne contient pas de mythologie cosmique articulée.
Z¶
Zen. Tradition bouddhique japonaise centrée sur la méditation et l'éveil par énigmes (kōan). Évoquée à propos du logion 77 (« fendez du bois ») pour son insistance sur la présence du sacré dans l'ordinaire, sans qu'il faille, pour autant, faire de Thomas un texte zen avant l'heure.
Vous lisez un extrait de L'Évangile de Thomas
L'édition imprimée réunit les 114 logia : texte français, copte translittéré et anglais en regard, commentaire théologique et concordance complète. Guillaume Whitebird, 564 pages.